Analyse | Tout ça pour ça? Ces élections dont seul Doug Ford voulait
Pari réussi… en partie. Doug Ford a de quoi célébrer la troisième majorité d'affilée qu’il vient d’obtenir à Queen’s Park. La dernière fois qu’un premier ministre ontarien a réalisé ce tour du chapeau, c’était en 1959. Est-ce le Quatre ans de plus avec les coudées franches pour poursuivre son programme comme il l’entend. Tout puissant déjà lors de ses deux premiers mandats, le gouvernement Ford s’est jusqu’ici montré peu ouvert à l'idée de collaborer avec les autres partis et a souvent escamoté les processus consultatifs. À l’Assemblée législative, il est le maître des lieux. Et quatre ans de plus pour Au lendemain de la soirée électorale, on sent tout de même que son parti n’est pas prêt à se vanter sans vergogne de sa victoire. Les progressistes-conservateurs auraient réellement marqué l’histoire s’ils avaient réussi à faire élire un plus grand nombre de députés. Ç’aurait été la cerise sur le gâteau. Ils n’ont finalement pas dépassé le seuil de 83 sièges raflés aux élections précédentes. En 2022, après avoir remporté sa deuxième majorité, le premier ministre avait participé à une longue conférence de presse pour brosser les grandes lignes de son mandat. Cette fois-ci, M. Ford a évité toute apparition. Le chef progressiste-conservateur n’a manifestement pas envie de répondre aux questions des journalistes, qui comptent bien lui demander (encore) si ce scrutin hivernal hâtif était nécessaire. En effet, la campagne nous laisse avec ce sentiment de déjà-vu, de statu quo. Même du côté des partis d’opposition, les acteurs qu'on pouvait voir avant le déclenchement vont rester les mêmes pour l’instant. C’est la cheffe du NPDMarit Stiles qui demeure cheffe de l’opposition officielle avec presque le même compte de sièges. Ni la néo-démocrate ni sa collègue libérale n’ont l’intention de démissionner, même si Bonnie Crombie, elle, n’a pas pu se faire élire dans son comté. Les cheffes Marit Stiles du NPD et Bonnie Crombie du Parti libéral de l'Ontario disent être là pour un moment. Photo : La Presse canadienne / Chris Young Mme Crombie a tout de même deux assez bonnes nouvelles à souligner. D'abord, on note un taux d’appui notable au vote populaire (30 %), qui montre que la marque libérale reprend des plumes en Ontario même si le parti fait les frais du mode de scrutin et n’arrive pas à transposer ce pourcentage en autant de sièges. Les libéraux regagnent aussi le statut de parti reconnu à l’Assemblée (il fallait au moins 12 sièges pour y arriver). Presque rayé de la carte depuis les élections de 2018, le parti rouge aura de nouveau davantage de temps de parole à l’Assemblée et plus de ressources pour embaucher du personnel. Malgré des résultats décevants face à Doug Ford (peut-on vraiment se réjouir d’avoir sauvé les meubles ou gagné une poignée de sièges?), Marit Stiles et Bonnie Crombie ne sont pas menacées dans l’immédiat et peuvent donc prendre le temps d’affiner leurs positions et leurs tactiques d’attaque. C’est ce qui a manqué dans cette campagne. NPD, libéraux, verts : les citoyens ont encore du mal à démêler ce que représente chacun de ces partis. Aucun n’a réussi à s’établir comme l’option crédible par rapport aux progressistes-conservateurs. Et aucun n’a su mettre la partisanerie de côté pour tendre la main aux autres et pour faire front commun. La parenthèse électorale maintenant refermée, le travail ne manque pas pour le premier ministre nouvellement réélu. M. Ford affirme être l’homme de la situation pour s’occuper de la crise des tarifs douaniers. Il doit maintenant répondre aux attentes et démontrer concrètement comment il peut agir, et ce, au-delà du symbole et des casquettes. S’il a volontiers assumé les fonctions de Le chef du Parti progressiste-conservateur de l'Ontario, Doug Ford, s'est adressé à ses partisans après sa réélection au poste de premier ministre de l'Ontario le jeudi 27 février 2025. Photo : La Presse canadienne / Chris Young À ce titre, il s’est engagé à injecter des dizaines de milliards de dollars dans des plans de relance afin d'aider les entreprises et les travailleurs si l’économie ontarienne est frappée par les politiques de Donald Trump. D’autres promesses de sa campagne (le fameux tunnel sous la 401) s’annoncent extrêmement coûteuses. Doug Ford est un progressiste-conservateur qui, aujourd'hui, est prêt à dépenser sans compter, mais jusqu’où peut-il aller? En même temps, il y a bien d’autres dossiers pressants en Ontario. Quand M. Ford a été élu pour la première fois, en 2018, c’était pour régler des crises qui ne se sont pas atténuées (santé, logement, coût de la vie). On continue de parler de mandat fort
que le premier ministre réclamait? Pour M. Ford, il s’agissait avant tout de gagner du temps, de s’assurer de quatre années supplémentaires au pouvoir avant que d’autres facteurs qu’il ne maîtrise pas (des élections fédérales, les conclusions d’une enquête de la GRC sur le scandale de la ceinture de verdure, la reconstruction des partis d’opposition) ne s'immiscent dans son plan de match. survivre à l’administration Trump
aux États-Unis. C’est là qu’il faut reconnaître ses habiletés de fin politicien : Doug Ford a réussi à convaincre que la question des tarifs douaniers, de la menace américaine pour l’économie ontarienne, était le thème dominant de ces élections. Il a ainsi réduit la campagne à une seule question : qui était le mieux placé pour gérer cette crise?
Plus d’une crise à gérer
capitaine Canada
depuis le début de l’année et s'il a même prononcé son discours de victoire jeudi soir devant l'unifolié, M. Ford n’est pas premier ministre du pays. Quand les libéraux fédéraux auront choisi leur prochain chef, le politicien ontarien pourrait bien être repoussé à sa place : celui de premier ministre d’une province.
médecine de couloir
et de l’accès aux médecins de famille. On attend les logements qui doivent être construits. Si la cible de 1,5 million de nouvelles habitations dans la province n’est même plus mentionnée dans la plateforme de 2025 des progressistes-conservateurs, la population n’a pas oublié cette promesse. Après sept ans au pouvoir, Doug Ford doit encore prouver comment il compte améliorer le quotidien des Ontariens.
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